Un chiot arrive à la maison avec des selles normales. Quelques jours plus tard, elles deviennent molles. Puis ça va mieux, avant de recommencer. Il mange, joue, grandit presque normalement, mais ses selles restent imprévisibles.

Chez un jeune chien, Giardia fait partie des causes à rechercher dans ce type de situation.

Cette infection est fréquente chez les chiots. Elle est aussi un peu particulière : certains chiens peuvent héberger le parasite sans être malades, l’excrétion dans les selles peut varier d’un jour à l’autre et les réinfections sont fréquentes. À cela s’ajoutent beaucoup de conseils alimentaires circulant sur Internet, notamment celui qui consiste à supprimer les glucides pour « affamer » le parasite.

La réalité est un peu plus nuancée.

Qu’est-ce que la giardiose ?

La giardiose est une infection digestive provoquée par Giardia duodenalis, également appelée Giardia intestinalis ou Giardia lamblia.

Il s’agit d’un protozoaire, donc d’un organisme microscopique unicellulaire. Ce n’est ni un ver intestinal ni une bactérie.

Giardia possède deux formes principales. Le trophozoïte vit dans l’intestin grêle et s'attache à la surface de la muqueuse digestive. Le kyste est la forme résistante éliminée dans les selles. C’est principalement lui qui permet la contamination d’un nouvel animal.

Ces kystes sont immédiatement infectants. Un chien peut donc se contaminer en léchant une surface souillée, en buvant une eau contaminée, en ingérant des matières fécales ou simplement en se léchant le pelage après avoir été en contact avec des kystes.

Dans l’intestin, les trophozoïtes peuvent altérer le fonctionnement de la muqueuse et contribuer à une mauvaise digestion et une mauvaise absorption des nutriments. Chez certains chiens, cela suffit à provoquer une diarrhée. Chez d’autres, l’infection reste totalement silencieuse.

Pourquoi Giardia est-elle si fréquente chez le chiot ?

Les jeunes chiens sont particulièrement exposés.

Ils explorent leur environnement avec la bouche, vivent parfois en collectivité avant l’adoption et leur système immunitaire digestif est encore en développement. Le changement de foyer, le stress, les contacts avec d’autres chiens et les co-infections peuvent également intervenir.

Dans une étude allemande portant sur de jeunes chiens, Giardia duodenalis était le parasite digestif le plus fréquemment retrouvé, avec 29 % des échantillons positifs. Une autre étude a retrouvé Giardia chez 18,2 % des chiens âgés de moins d'un an, contre 3,8 % chez les chiens de plus d'un an. Ces chiffres ne peuvent pas être transposés directement à tous les chiots français, mais ils illustrent bien cette prédisposition des jeunes animaux.

Les environnements où de nombreux chiens vivent ensemble augmentent également le risque : élevages, refuges, chenils ou collectivités. Les chiens vivant avec plusieurs congénères semblent aussi davantage exposés aux récidives.

Quels sont les symptômes de la giardiose chez le chiot ?

Le signe le plus classique est une diarrhée qui peut être aiguë, chronique ou intermittente.

C’est souvent ce dernier tableau qui déroute les propriétaires. Les selles s’améliorent pendant quelques jours, puis redeviennent molles sans raison évidente.

Elles peuvent être pâteuses ou très molles, malodorantes et contenir du mucus. Certains chiots présentent aussi des gaz, des vomissements, une diminution de l’appétit ou une perte de poids. Les formes importantes peuvent entraîner fatigue et déshydratation.

Mais il faut garder une chose en tête : beaucoup de chiens infectés ne présentent aucun symptôme.

Trouver Giardia dans les selles ne suffit donc pas toujours à expliquer une diarrhée.

Un test Giardia positif signifie-t-il que Giardia est responsable de la diarrhée ?

Pas forcément.

C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre.

Un chiot peut excréter Giardia et avoir des selles parfaitement normales. À l’inverse, un chiot présentant une diarrhée peut avoir Giardia tout en souffrant également d’une autre affection digestive.

Les co-infections parasitaires existent, notamment avec Cryptosporidium ou Cystoisospora. Chez un chiot présentant des troubles digestifs persistants, il peut aussi être nécessaire de rechercher d’autres causes selon son âge, son origine et son état général.

C’est pour cette raison que le résultat d’un test doit toujours être interprété avec les symptômes et l’examen clinique. Les recommandations actuelles ne préconisent d’ailleurs pas systématiquement de traiter un chien Giardia positif lorsqu’il ne présente aucun signe clinique.

Comment diagnostique-t-on la giardiose ?

Le diagnostic repose sur l’analyse des selles.

Plusieurs méthodes existent : observation microscopique après concentration des selles, recherche d’antigènes de Giardia ou tests moléculaires comme la PCR.

Il y a cependant une difficulté : l’excrétion des kystes n’est pas forcément constante.

Un prélèvement négatif ne permet donc pas toujours d’exclure totalement l’infection. L’ESCCAP recommande, lorsque cela est nécessaire, d’examiner plusieurs prélèvements réalisés sur plusieurs jours afin d’améliorer les chances de détection.

À l'inverse, certains tests très sensibles peuvent rester positifs alors que la situation clinique s’est améliorée. Le suivi ne consiste donc pas uniquement à rechercher à tout prix un test négatif : l’évolution des symptômes compte aussi.

Comment traite-t-on Giardia chez un chiot ?

Chez un chiot présentant des symptômes et un diagnostic compatible avec une giardiose, le vétérinaire peut prescrire un traitement antiparasitaire.

Le fenbendazole et le métronidazole font partie des molécules utilisées contre Giardia. Les modalités d’utilisation et les autorisations diffèrent selon les pays et les produits. Les recommandations européennes récentes attirent aussi l’attention sur l’utilisation raisonnée du métronidazole, qui est un antibiotique, ainsi que sur ses effets indésirables potentiels.

Le traitement médicamenteux n’est pourtant qu’une partie du problème.

Un chiot peut être traité correctement et se recontaminer quelques jours plus tard avec des kystes présents dans son environnement ou sur son propre pelage.

C’est souvent là que se joue la différence entre une infection qui se règle rapidement et l’impression d’une giardiose qui « ne part jamais ».

Pourquoi les récidives sont-elles si fréquentes ?

Les kystes de Giardia sont éliminés dans les selles et deviennent immédiatement infectants.

Un chiot peut donc se recontaminer en retournant dans un environnement souillé. Il peut également transporter des kystes autour de l’anus, sur les pattes ou sur les poils, puis les avaler pendant sa toilette.

En pratique, retirer rapidement les selles, nettoyer régulièrement les couchages et gamelles, laisser sécher correctement les surfaces et laver l’arrière-train du chien peuvent compléter le traitement. Ces mesures sont particulièrement importantes lorsque plusieurs chiens vivent ensemble.

Une étude publiée en 2026 sur les récidives de giardiose rappelle d’ailleurs que les jeunes chiens et ceux vivant avec d’autres chiens font partie des populations plus exposées aux récidives.

Quand une giardiose revient, la première question n’est donc pas forcément : « le médicament n’a-t-il pas fonctionné ? ». Une nouvelle exposition environnementale ou une autre affection digestive peuvent également être en cause.

Que donner à manger à un chiot atteint de giardiose ?

Il n’existe pas aujourd’hui une « alimentation anti-Giardia » dont l’efficacité aurait été démontrée chez le chien.

L’objectif nutritionnel est surtout d’aider un intestin momentanément fragilisé tout en continuant à couvrir les besoins importants du chiot en croissance.

Une alimentation complète, adaptée à la croissance et facilement digestible est généralement une base cohérente. Lors d’une diarrhée, améliorer la digestibilité permet de réduire la quantité de nutriments non absorbés arrivant dans les parties distales de l’intestin. Les aliments gastro-intestinaux utilisent d’ailleurs fréquemment des sources d’amidon très digestibles.

La question des fibres est plus complexe. Leur effet dépend de leur nature et du type de diarrhée. Certaines fibres fermentescibles nourrissent le microbiote intestinal alors que d’autres augmentent le volume fécal ou modifient le transit.

Le CAPC américain mentionne actuellement l'intérêt potentiel d'une alimentation riche en fibres chez certains chiens symptomatiques. Des travaux expérimentaux plus anciens chez la gerbille ont également montré qu’un régime plus riche en fibres pouvait réduire l’installation de Giardia, probablement en limitant l’adhésion des trophozoïtes à la muqueuse. Cela ne permet pas pour autant d’affirmer qu’un régime riche en fibres traite la giardiose chez le chiot.

L’alimentation doit donc être adaptée au chien et à ses symptômes plutôt qu’à une règle unique.

Idée reçue : « Giardia se nourrit de sucre, il faut donc supprimer les glucides »

Cette affirmation est très fréquente.

Elle part d’une observation réelle. Giardia possède un métabolisme particulier et utilise effectivement le glucose comme source importante d’énergie. Le parasite dépend notamment de la glycolyse pour produire une partie de son ATP.

Le raccourci arrive ensuite : si Giardia utilise le glucose, supprimer l’amidon de la gamelle devrait permettre de l’« affamer ».

Le problème est que l’on passe ici d’un mécanisme cellulaire à une recommandation nutritionnelle sans démonstration clinique.

D’abord, le glucose n’est pas l’unique voie énergétique de Giardia. Des voies utilisant notamment l’arginine participent également à la production d’énergie du trophozoïte. Des travaux expérimentaux montrent même que le glucose favorise sa croissance sans être absolument indispensable.

Ensuite, je ne trouve pas d’étude clinique chez le chien démontrant qu’une alimentation sans glucides permet d’éliminer Giardia, de réduire significativement l’excrétion des kystes ou de diminuer les récidives. Une revue clinique consacrée aux infections récidivantes soulignait déjà l’absence d’études alimentaires spécifiques permettant de traiter Giardia chez le chien.

Les recommandations elles-mêmes ne sont pas homogènes. Une fiche ESCCAP conseille encore une alimentation pauvre en glucides et riche en protéines pendant le traitement. À l’inverse, le CAPC évoque une alimentation riche en fibres et des recommandations gastro-intestinales courantes privilégient surtout la digestibilité. Cette divergence est justement le signe que le niveau de preuve est insuffisant pour imposer une composition précise en glucides.

Il faut également distinguer les glucides entre eux. L’amidon digestible, les sucres et les fibres appartiennent tous à la grande famille des glucides, mais ils n’ont ni la même digestion ni les mêmes effets sur l'intestin. Les fibres, par exemple, ne sont pas digérées comme l’amidon et peuvent avoir des effets intéressants sur le microbiote et la consistance des selles.

Enfin, le chien digère très bien un amidon correctement préparé. Des études utilisant des aliments extrudés rapportent des digestibilités de l’amidon supérieures à 98 % avec différentes sources comme le riz, le maïs, le manioc, les pois ou les lentilles.

Chez un chiot, il faut surtout éviter de transformer une recommandation théorique en ration improvisée composée essentiellement de viande. La croissance demande un équilibre précis, notamment pour les protéines, les acides gras essentiels, le calcium, le phosphore, les vitamines et les oligoéléments. La maîtrise des apports en calcium et phosphore est particulièrement importante à cet âge.

En pratique, supprimer les glucides pour « affamer Giardia » n’est donc pas une stratégie dont l’efficacité est démontrée. Si un changement d’alimentation est nécessaire, mieux vaut choisir une ration complète adaptée à la croissance et à la tolérance digestive du chiot plutôt que chercher à atteindre arbitrairement 0 % de glucides.

Et les probiotiques ?

Ils sont souvent proposés lorsque le chiot présente une diarrhée ou après un traitement.

Leur intérêt potentiel concerne surtout le soutien du microbiote et de la fonction digestive. Ils ne doivent pas être considérés comme un traitement antiparasitaire.

Les données sont encore difficiles à interpréter. Une étude récente sur les récidives a même retrouvé une association entre supplémentation en probiotiques et récidive, mais il serait incorrect d’en conclure que les probiotiques provoquent la giardiose : il est très probable que les chiens présentant les troubles les plus complexes aient simplement reçu davantage de traitements complémentaires.

C’est un bon exemple de la prudence nécessaire lorsque l’on interprète une association statistique.

Que faire si les selles restent molles après le traitement ?

Une diarrhée persistante ne signifie pas automatiquement que Giardia est toujours présente.

Il peut y avoir une réinfection, mais aussi une autre parasitose, une dysbiose, une réaction alimentaire ou une maladie digestive qui existait déjà en parallèle.

Une étude récente apporte d’ailleurs une donnée intéressante. Des chiens ayant présenté une gastro-entérite associée à Giardia avant l'âge de neuf mois ont été suivis à long terme. Des troubles digestifs chroniques ont ensuite été rapportés chez 29 % d’entre eux, contre 10 % des chiens témoins. L’étude est rétrospective et ne permet pas de prouver que Giardia est directement responsable de ces troubles ultérieurs, mais elle rappelle qu’une infection digestive importante chez un jeune chien mérite d’être suivie dans le temps.

Si le chiot continue à avoir régulièrement des selles molles alors que Giardia n’est plus détectée, multiplier les traitements antiparasitaires n’est donc pas toujours la bonne réponse. Il devient pertinent de rechercher ce qui entretient réellement les symptômes.

Giardia peut-elle se transmettre à l’humain ?

La question inquiète souvent les familles, surtout lorsqu’il y a de jeunes enfants.

Il existe plusieurs groupes génétiques, appelés assemblages, de Giardia duodenalis. Chez le chien, les assemblages C et D, adaptés aux canidés, sont les plus fréquents. Des assemblages potentiellement zoonotiques peuvent néanmoins être retrouvés occasionnellement.

Dans la pratique, la transmission directe du chien à l’humain est considérée comme peu fréquente. Le CAPC indique que les infections humaines sont principalement acquises auprès d’autres humains et que la transmission à partir du chien semble rare.

Cela ne dispense pas des règles d’hygiène habituelles : ramasser les selles rapidement, se laver les mains et être particulièrement vigilant lorsqu’une personne immunodéprimée vit dans le foyer.

À retenir

La giardiose est fréquente chez le chiot, mais sa présence dans les selles ne signifie pas automatiquement qu’elle est responsable de tous les troubles digestifs observés.

Chez un jeune chien symptomatique, le diagnostic doit être associé au tableau clinique et le traitement doit toujours aller de pair avec une bonne maîtrise de l’environnement, car les réinfections sont fréquentes.

L’alimentation peut aider l’intestin à récupérer, mais elle ne remplace pas le traitement antiparasitaire lorsqu’il est indiqué. Et malgré ce que l’on lit encore souvent, nous n’avons pas de preuve permettant d’affirmer qu’il faut supprimer les glucides pour éliminer Giardia.

Avec un chiot qui digère mal, l’objectif reste assez simple : traiter ce qui doit l’être, éviter les recontaminations et lui donner une alimentation qu’il digère bien tout en couvrant correctement sa croissance.

Sources principales

  • ESCCAP. Control of Intestinal Protozoa in Dogs and Cats, recommandations européennes sur la giardiose et les protozooses intestinales.
  • Companion Animal Parasite Council. Giardia – CAPC Guidelines, mise à jour 3 août 2026.
  • Kanski S., Weber K., Busch K. Feline and canine giardiosis: An Update. Tierärztliche Praxis, 2023.
  • Murnik L.C., Daugschies A., Delling C. Gastrointestinal parasites in young dogs and risk factors associated with infection. Parasitology Research, 2023.
  • Kurnosova O.P. et al. Prevalence of Giardia duodenalis in dogs and cats: Age-related predisposition, symptomatic, and asymptomatic cyst shedding. Veterinary World, 2024.
  • Walz K.C. et al. Long-Term Follow-Up After Acute Gastroenteritis Caused by Giardia Infection in Juvenile Dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine, 2025.
  • Mourou et al. Risk factors for recurrence of Giardia duodenalis infection in dogs: a case-control study. Journal of Small Animal Practice, 2026.
  • Adam R.D. Biology of Giardia lamblia et travaux ultérieurs sur le métabolisme de Giardia duodenalis.
  • Rankovic A. et al. The role of carbohydrates in canine and feline nutrition. Animal Frontiers, 2024.